Le cheval (wiki)

                      Les chevaux mythiques et légendaires possèdent souvent des pouvoirs merveilleux comme celui de parler, de traverser les eaux, de se rendre dans l'Autre Monde, les enfers et le ciel, ou de porter un nombre infini de personnes sur leur dos. Ils peuvent être aussi bons et ouraniens que mauvais et chtoniens. À travers le « mythe du centaure », exprimé dans la plupart des histoires mettant un cheval en scène, le cavalier cherche à faire corps avec sa monture en alliant l'instinct animal à l'intelligence humaine.

Le cheval a surtout une fonction de véhicule, c'est pourquoi il est devenu un animal chamanique et psychopompe, chargé d'accompagner les hommes dans tous leurs voyages. Allié loyal du héros dans les épopées, compagnon d'aventures infatigable du cow-boy, il est devenu un symbole de guerre et de domination politique au fil de l'Histoire, s'est fait maléfique par son association au cauchemar et aux démons, ou encore symbole érotique à travers l'ambiguïté de la chevauchée. Le cheval est familier des éléments, surtout de l'eau dont est issu le cheval aquatique connu des pays celtiques. L'air a donné le cheval ailé, connu tant en Grèce qu'en Chine ou en Afrique.

Le cheval pourrait avoir eu très tôt une place symbolique de premier plan puisqu'il est l'animal le plus représenté dans l'art préhistorique, privilégié depuis le XXXVe millénaire avant J.-C, bien avant sa domestication. Représenter le cheval davantage que d'autres animaux tout aussi (sinon plus) abondants était déjà un choix pour les hommes préhistoriques. En l'absence de preuves concrètes expliquant ce choix, toutes les interprétations restent possibles, du symbole de pouvoir à l'animal. Le cheval devient aussi un ancêtre totémique, plus ou moins divinisé.

Le symbolisme du cheval est complexe et multiple. Il n'est pas clairement défini puisque les auteurs attribuent des significations très diverses à cet animal, sans qu'une ne semble se détacher par rapport aux autres. Il connait tous types de rôles et de symbolismes, bénéfiques comme maléfiques, dans les histoires qui lui sont liées : monture dynamique et impulsive, il est associé à tous les points cardinaux, à chacun des quatre éléments, aux figures maternelles (Jung voit dans le cheval l'un des archétypes de la mère, parce qu'il porte son cavalier tout comme la mère porte son enfant) et paternelles (Freud relève un cas où le cheval est l'image du père castrateur), au soleil comme à la lune, à la vie comme à la mort, au monde chtonien comme ouranien. Dans sa plus lointaine perception symbolique, le cheval était inquiétant et chtonien, il s'est plus tard associé au soleil du fait de sa domestication. C'est le plus souvent un animal lunaire lié à la terre-mère, aux eaux, à la sexualité, au rêve, à la divination et au renouvellement de la végétation. Le cheval « est relié aux grandes horloges naturelles », et que toutes les histoires, de cheval solaire comme de coursier chtonien, ont en commun « l'effroi devant la fuite du temps ».

« Ses pouvoirs dépassent l'entendement ; il est donc Merveille et il ne faut pas s'étonner que l'homme l'ait si souvent sacralisé, de la préhistoire à l'histoire. Un seul animal le dépasse peut-être en subtilité dans le bestiaire symbolique de tous les peuples : le serpent. »

D'anciennes études avancent que l'origine des « pouvoirs magiques » merveilleux attribués au cheval serait indienne. Henri Gougaud note que « depuis toujours, des liens robustes, profonds, inaltérables, attachent l’homme à sa monture ». Le cheval est à la fois l'animal le plus cher à l'homme et le seul que l'homme peut respecter comme son égal, à tel point qu'il est vu comme un don des dieux capable d'arracher l'homme à sa condition de primate, et de lui faire gagner les sphères célestes.

                      Le « mythe du centaure » désigne « le couplage parfait entre l'instinct et la raison, entre l'intelligence et la force brute », tel qu'il est symbolisé.  Pour le cavalier, il s'agit de contrôler l'instinct grâce à l'esprit. Jung note une relation d'intimité entre le cavalier et sa monture, il soutient dans que « le cheval semble représenter l’idée de l’homme avec la sphère instinctuelle à lui soumise, les légendes lui attribuent des caractères qui reviennent psychologiquement à l'inconscient de l'homme : ils sont doués de clairvoyance, ils guident les égarés, ils voient aussi les fantômes ». Le cheval semble donc pour lui métaphoriser la libido, l'énergie psychique émanant de l'inconscient, et la part animale de l'homme. Selon Marie-Louise von Franz, le cheval représente l'énergie psychique animale, instinctuelle, considérée dans son essence la plus pure et souvent liée à l'ombre, notamment dans Le Cycle du Graal.

Dans sa Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim explique l'attirance de nombreuses petites filles pour les chevaux-jouets qu'elles coiffent ou habillent, et plus tard la continuité de cette attirance à travers la pratique de l’équitation et les soins aux chevaux, par le besoin de compenser des désirs affectifs : « en contrôlant un animal aussi grand et puissant que le cheval, la jeune fille a le sentiment de contrôler l'animalité ou la part masculine qui est en elle ». Freud voit lui aussi le cheval comme un « symbole du psychisme inconscient ou de la psyché non-humaine », la bête en l'homme.

La première perception symbolique du cheval est celle d'un « véhicule » dirigé par la volonté de l'homme (la volition) ou guide de ce dernier, qui lui permet d'être porté plus rapidement d'un point à un autre : « le cheval n'est pas un animal comme les autres, il est la monture, le véhicule, le vaisseau, et son destin est inséparable de celui de l'homme ». Dans Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Carl Gustav Jung parle du cheval comme « d'un des archétypes les plus fondamentaux des mythologies, proche du symbolisme de l'arbre de vie ». Comme ce dernier, le cheval relie tous les niveaux du cosmos : le plan terrestre où il court, le plan souterrain dont il est familier, et le plan céleste. Il est « dynamisme et véhicule ; il porte vers un but comme un instinct, mais comme les instincts il est sujet à la panique ». En ce sens, le motif du cheval est un symbole adapté pour le Soi car il représente une réunion de forces antithétiques et contradictoires, conscientes et inconscientes, ainsi que la relation les reliant (de même qu'une relation indéfinissable unit le cavalier à sa monture). Cette perception découle directement de ses qualités physiques de mobilité. Elle transcende l'espace connu puisque la chevauchée est une « transgression des limites psychiques ou métaphysiques » : le cheval permet de franchir la porte des enfers comme les frontières du ciel, le disciple atteint la connaissance sur son dos, et bon nombre de croyances en la métempsycose rapportent des aventures à cheval avant la réincarnation. Il peut aussi avoir un rôle de ravisseur.

Le cheval est l'animal du chamanisme et des rituels initiatiques, une association qu'il doit à son instinct, sa clairvoyance, sa perception psychanalytique comme part animale et intuitive de l'homme éclairant la raison, et sa connaissance de l'Autre Monde. Cette fonction du cheval pourrait être la première et la plus ancienne, elle existe peut-être depuis la préhistoire suivant la théorie controversée de Jean Clottes, selon laquelle un certain nombre de peintures rupestres représenteraient des visions chamaniques.

Selon Mircea Eliade, dans sa transe visant à sortir de lui-même pour franchir les limites du monde connu, le chaman obtient l’aide d’un animal-esprit et utilise plusieurs objets, comme le cheval bâton et le tambour (généralement tendu en peau de cheval), qui renvoient à l'animal réel. Il passe alors par d’autres états de conscience et peut voyager dans une direction infernale ou vers le ciel. En ce sens, le cheval, lié aux battements du tambour, permet au chaman de réaliser une rupture de niveau. Il est également son protecteur, le cheval-esprit des chamans de l'Altaï verrait ainsi à trente jours de distance, veillant sur la vie des hommes pour en informer les divinités.

Un fond chamanique est perceptible dans plusieurs mythes anciens mettant un cheval en scène, notamment celui de Pégase (dont le fond est asiatique), qui symbolise l'instinct sublimé et le sage initié à travers l'ascension de l'Olympe, et celui de Sleipnir. La légende kirghize de Tchal-Kouyrouk y est plus largement liée, puisque le héros Töshtük doit se fier aux pouvoir de sa monture, qui parle et comprend le langage humain, afin de se guider dans un univers souterrain pour récupérer son âme. Il en est de même dans l'épopée de Niourgoun le yakoute, guerrier céleste, qui chevauche un coursier roux volant doué de parole.

Dans la littérature médiévale occidentale, le cheval est toutefois présenté comme un point d'ancrage dans le monde réel, par opposition à l'Autre Monde de la féerie et du merveilleux. Bien souvent, le chevalier qui pénètre dans le royaume des fées abandonne sa monture, ou doit cheminer de nuit à travers une végétation dense.

Une métamorphose rituelle de l'homme en cheval se retrouve dans des rites initiatiques incluant des possessions. L'homme qui s'abandonne à un esprit supérieur peut être possédé par une entité démoniaque ou positive, le « cheval » étant le canal qui leur permet de s'exprimer. Le Vaudou d'Haïti, du Brésil et d'Afrique, l'Égypte jusqu'au début du XXe siècle, ainsi que l'Abyssinie sont concernés. Le possédé est chevauché par des esprits, puis dirigé par leur volonté. Les adeptes des Mystères de Dionysos, en Asie mineure, étaient symboliquement chevauchés par leurs dieux. Ces possessions se retrouvent peut-être dans l'ancienne Chine, où les nouveaux initiés portaient le nom de « jeunes chevaux » tandis que le nom de « marchands de chevaux » désignait les initiateurs, comme les propagateurs du taoïsme et de l'amidisme. L'organisation d'une réunion initiatique est nommée « lâcher de chevaux ».

 

                      Une proximité entre la canne chamanique à tête de cheval et le balai de la sorcière du folklore a été relevée par plusieurs auteurs. Selon Marc-André Wagner, la fonction chamanique du cheval a survécu, ne serait-ce que symboliquement, dans le folklore germanique lié à la sorcellerie, la magicienne utilisant un bâton qui lui sert de monture. Il note également, grâce quelques indices étymologiques, que la généralisation du balai (après le XIIIe siècle) comme moyen de transport des sorcières découle probablement de la figure précédente, et originellement du cheval chamanique avec lequel il ne garde pour lien que sa paille rappelant la queue de l'animal. Le balai de la sorcière est donc un équivalent du cheval chamanique, animal lui permettant de gagner l'Autre Monde, vu ici comme celui des puissances maléfiques.

Le vol nocturne de la sorcière (ou de son double) rappelle aussi celui du chaman, à cette différence près que la sorcière est supposée faire le mal en tourmentant les dormeurs et en se rendant au sabbat. Elle pourrait prendre elle-même forme de cheval, et transformer ainsi ses victimes afin de les enfourcher. Le Diable pourrait aussi prendre forme chevaline pour la porter. Les comptes rendus de procès pour sorcellerie regorgent d'anecdotes mentionnant le cheval : un « sorcier » d'Ensisheim avoue le 15 mars 1616 « qu'après avoir assisté à un mariage du Diable, il se réveilla couché dans la carcasse d'un cheval crevé ». Dans les tours de sorcellerie, l'argent que le Diable donne aux sorcières se change souvent en crottin de cheval. Lorsque des membres nouvellement admis aux pratiques de la sorcellerie se réveillent après le sabbat, ils ont à la main, au lieu d'une coupe, un sabot de cheval ; au lieu d'un rôti, une tête de cheval.

Le cheval a toujours suscité un respect mêlé d'angoisse et de peur, perception que l'on retrouve dans les histoires de chevaux de la mort, des enfers, du cauchemar, de l'orage et autres chasses maudites mettant en scène des animaux carnassiers ou maléfiques. Le cheval chtonien appartient « aux structures fondamentales de l'imaginaire ». Les harpies sont parfois représentées sous forme de juments, l'une d'elles enfante Xanthe et Balios, les chevaux d'Achille, dont l'un prophétise la mort de son maître dans l'Iliade.

« Les chevaux de la mort ou présages de mort sont très fréquents, du monde grec ancien au Moyen Âge, et ce avec de nombreux aspects linguistiques intéressants ». Ils incarnent successivement un messager de la mort, un démon apportant la mort, et un guide vers l'au-delà, représentant une réalité psychique et spirituelle. La couleur noire leur est fortement liée dans les traditions occidentales. Le cheval mortuaire est associé à Déméter, et au dieu chtonien Hadès. Parmi les cavaliers messagers de mort figurent les Valkyries, le Schimmel Reiter et le Helhest. Historiquement, le cheval a été plus d'une fois sollicité pour donner la mort par écartèlement, ce qui a pu marquer l'association mort-cheval, mais n'en est pas l'unique explication. Le cheval est également l'un des rares animaux que l'homme enterre, dès sa domestication

Le rôle de « psychopompe », soit d'animal chargé de porter les âmes des défunts entre la Terre et le ciel, est attesté pour le cheval dans de multiples civilisations, notamment chez les grecs et les étrusques, où il fait partie du statuaire mortuaire, mais aussi les Germains et les Asiatiques du centre. Sur la plupart des stèles funéraires antiques, il devient un idéogramme de la mort. Il semblerait que l'association mort-cheval découle de ce rôle. Selon Franz Cumont, son origine remonte à l'habitude d'enterrer ou de brûler chiens et chevaux avec leur maître, afin que ceux-ci aient plaisir à se retrouver ensembles.

La mythologie nordique donne de nombreux exemples où le cheval devient l'intermédiaire entre le monde des mortels et le monde souterrain, ce qui en fait le meilleur animal pour guider les morts durant leur dernier voyage, grâce à sa mobilité. Le cheval psychopompe de la mythologie grecque a un profond lien avec l'eau, vue comme frontière entre le monde des vivants et l'au-delà : le cheval concurrence alors la barque du passeur (tel que Charon) dans ce rôle, tout comme il permet au chaman de réaliser son voyage extatique. Cette fonction survit au cours des siècles puisqu'au Moyen Âge, la civière est nommée « cheval de Saint-Michel ». On retrouve cette fonction en Chine, où un génie à tête de cheval assiste le juge des enfers et transporte les âmes. De même, les âmes des bébés masculins morts en bas âge étaient représentées à cheval par les bateliers, et placés sur l'autel des ancêtres.

La légende de Théodoric de Vérone rapporte que le roi se fait emporter sur un cheval noir « diabolique » et devient par la suite un fantôme. Parfois interprétée comme une preuve de diabolisation du cheval en Germanie, il semblerait qu'elle renvoie plutôt à la croyance d'atteinte de l'immortalité à dos de cheval.

Le cheval est enterré, sellé et bridé, aux côtés de son maître, afin d'assurer ce rôle de psychopompe dans les régions de l’Altaï, chez les Avars, les Lombards, les Sarmates, les Huns, les Scythes, les Germains, et bon nombre de civilisations asiatiques primitives, où cet enterrement est précédé d'un sacrifice rituel. La mythologie grecque rapporte, dans L'Iliade, qu'Achille sacrifie quatre chevaux sur le bûcher funéraire où son ami Patrocle se consume, afin qu'ils puissent le guider vers le royaume d'Hadès. Les Francs, qui voient surtout le cheval comme un animal guerrier, sacrifient aussi celui du roi pour l'enterrer à ses côtés. Ces sacrifices rituels sont parfois précédés d'une course de chevaux.

La pratique païenne consistant à enterrer un cheval vivant lorsqu'un homme prestigieux meurt est connue des danois, elle donne le Helhest, ou « cheval des morts », qui dit-on était sacrifié et enterré dans un cimetière, puis revenait sous une nouvelle forme afin de guider les humains morts. La simple vision d'un Helhest serait mortelle. La plupart de ces rites sont combattus lors des christianisations successives, en Europe occidentale, ils disparaissent à l'époque carolingienne.

 

                        La chasse sauvage, qui poursuit et terrorise les voyageurs nocturnes selon le folklore chrétien, est liée au cheval mortuaire puisqu'elle est composée de fantômes et de damnés. Elle est souvent menée par un cavalier noir, tel Gallery (ou Guillery) qui poursuivait un cerf à l'heure de la messe, et fut condamné par un ermite à courir derrière l’inaccessible gibier dans le ciel chaque nuit, à jamais. Cette croyance partagée par bon nombre de pays trouve son origine tant dans les croyances aux fantômes que dans le vacarme des tempêtes. Le cheval est présent dans la chasse d'Arthur et celle d'Odin. Cette association dans les pays germaniques pourrait découler, selon Marc-André Wagner, du bannissement et de la diabolisation de la viande de cheval, car elles comportent le thème d'une part de chasse, souvent la cuisse de l'animal. D'autres auteurs évoquent la pratique clandestine de sacrifices rituels équins.

Plusieurs juments anthropophages sont mentionnées dans la mythologie grecque. Les cavales de Diomède sont les plus connues, propriété d'un roi qui les nourrit de chair humaine, elles dévorent leur maître qu'Hercule a déposé dans leur mangeoire. Les juments de Glaucos font subir le même sort à leur maître suite à une victoire d’Iolaos à la course de chars. Plusieurs interprétations s'affrontent : consommation d'herbes magiques, condamnation du roi à subir la fin qu'il a lui-même programmée (en nourrissant ses juments de chair humaine), mais aussi vengeance d'Aphrodite suite au refus de Glaucos de laisser ses juments s’accoupler. La dévoration de Glaucos renverrait alors à un thème érotique, une violente libération du désir. Le cheval Bucéphale est présenté comme un anthropophage dans un texte anonyme du IIIe siècle. Cette présence de chevaux monstrueux n'est pas limitée à l'Antiquité puisque dans la littérature fantasy, les Hrulgae sont des quasi-chevaux agressifs carnivores avec des griffes et des crocs, issus du cycle de la Belgariade.

L'une des représentations maléfiques du cheval les plus connues est celle des Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, dans la Bible. Les couleurs des chevaux sont le blanc, le rouge feu, le noir et le vert pâle. Leurs cavaliers ont pour mission d'exterminer par la conquête, par la guerre, par la faim et par la maladie. De nombreuses interprétations de ce passage ont été proposées, dont le fait que les chevaux représenteraient les quatre éléments, dans l'ordre : l'air, le feu, la terre et l'eau.

L'Église catholique romaine a fait passer le cheval pour un animal diabolique durant le Moyen Âge, afin de lutter contre la survivance des traditions païennes (celtes et germaniques notamment) le sacralisant. Le Diable apparaît ainsi à cheval, hippomorphe, ou doté d'un pied équin. Si le cheval est mentionné plus souvent que l'âne dans la Bible, ce dernier a presque toujours un symbolisme positif, à l'inverse du cheval.

Certains démons de la Goétie montent à cheval, tels Eligos, le marquis Sabnock sur son « cheval pâle », le duc Berith sur son « cheval rouge », et Alocer sur son « énorme cheval ». Le capitaine Orobas était décrit à l'origine comme un démon chevalin capable de prendre forme humaine à volonté. Carl Jung note une analogie entre le Diable comme représentant de l’instinct sexuel, et le cheval : « c'est pourquoi la nature sexuelle du Diable se communique aussi au cheval : Loki prend cette forme pour procréer. ».

Cette association n'est plus limitée à l'Europe avec la colonisation des Amériques, puisque le cheval noir forcé à bâtir une église dans plusieurs histoires du folklore québécois est en fait le Diable déguisé. Le cheval Mallet, autre incarnation du Diable tel que Claude Seignolle le décrit, leurre ses cavaliers pour les tuer ou les blesser gravement. Le drac, créature légendaire liée au Diable, au dragon et à l'eau, prend la forme d'un cheval noir pour tenter un marquis de la Basse Auvergne de le chevaucher, puis manque de le noyer dans un étang selon une légende locale.

 

                        Cette association Diable-cheval est particulièrement forte dans toute l'ancienne Germanie, et par là en Alsace, où circulent des histoires de chevaux noirs apparaissant seuls au milieu de la nuit. Parmi les animaux-fantômes de Strasbourg figure un cheval à trois pieds que l'on assure être le Diable. Un livre rare de 1675 raconte que le Diable, déguisé en officier, chevauchait la femme du maréchal-ferrant qu'il avait transformée en jument.

Le Diable chrétien n'est toutefois pas le seul associé au cheval puisqu'Ahriman, le mauvais dieu du zoroastrisme, prend cette forme afin d'enlever ou de tuer ses victimes.

La jument est proche étymologiquement du mot cauchemar dans de nombreuses langues : « mähre » signifie la jument en allemand, et désigne aussi une jument chtonienne fabuleuse. Le mot « cauchemar » s'écrit nightmare en anglais, ce qui signifie aussi « jument de la nuit », alors qu'en français quauquemaire signifie « sorcière ». En vieil irlandais, mahrah signifie « mort » et « épidémie ». Une théorie longtemps défendue veut que le cheval et la jument noirs ou blêmes aient donnés le mot « cauchemar » et son équivalent anglais nightmare. Le March Malaen, cheval démoniaque du folklore gallois, est lui aussi cité comme origine des manifestations du cauchemar (étouffement, oppression, peur d'être foulé aux pieds, etc.).

Si l'origine du mot « cauchemar » est différente, la croyance populaire s'est emparée de cette association, notamment à travers le tableau du Cauchemar de Füssli, bien que le cheval soit un ajout tardif n'apparaissant pas sur les esquisses de l'auteur. Dans son rôle de monture surnaturelle aux pouvoirs démoniaques, le cheval de cauchemar porte les démons et parfois se confond avec eux. Sa figure découle du cheval psychopompe et chtonien, et de sa familiarité avec les ténèbres et la mort, qui l'a fait entrer dans la « mythologie du cauchemar ». Cette perception s'est toutefois perdue au fil du temps, surtout avec la fin de l'utilisation quotidienne du cheval.

Une créature connue dans l'anglosphère sous le nom de Nightmare, traduit par « jument de cauchemar », « destrier infernal » ou encore « palefroi des enfers », a été popularisée grâce à son inclusion dans le bestiaire du jeu de rôle Donjons et dragons, sous la forme d'un grand cheval noir aux crins de feu, bien que ses caractéristiques soient issues d'un folklore plus ancien.

La plupart des figures chtoniennes se sont vues associées à la fécondité, y compris le cheval, et plus fréquemment la jument. Du premier siècle au cinquième, de nombreuses données archéologiques attestent l'existence de sacrifices équins dans ce but. Ils partageaient parfois un rôle cosmogonique. Ce sacrifice donnait autrefois légitimité à un roi, ainsi, le chrétien Håkon Ier de Norvège doit se plier au rituel païen en consommant le foie d'un cheval sacrifié afin de garantir la prospérité de son peuple, et d'être accepté par ce dernier. Selon Georges Dumézil, le mythe des centaures pourrait être issu d'un rite indo-européen faisant intervenir des hommes déguisés en chevaux dans le cadre de fêtes fertilisantes à la fin de l'hiver, ce qui expliquerait aussi pourquoi les centaures sont liés aux instincts primitifs et à la nature. Dans l'Ashvamedha, la souveraine mime un acte de fécondation avec le sexe encore chaud du cheval sacrifié, et dans le rite d'intronisation irlandais, le prétendant au trône fait de même avec la jument. Il s'agit d'un mariage sacré dans les deux cas, et de l'incarnation de la divinité dans le cheval, probable archétype indo-européen.

Le cheval est un animal phallique, ne serait-ce que par l’ambiguïté du mot chevaucher, largement partagée par plusieurs langues. Cette image est issue de la proximité entre le cavalier « qui a la bête entre les jambes » et se déplace par des mouvements cadencés, et le coït au cours duquel on retrouve la griserie, la sueur et les sensations d'une chevauchée équestre. Les satyres de la mythologie grecque, connus pour leur côté lubrique, étaient à l'origine partiellement hippomorphe, puisque dotés d'une queue, d'oreilles et de pieds de cheval.

Certains poètes utilisent le mot « pouliche » pour désigner une jeune femme fougueuse. D'après Jean-Paul Clébert, le cheval blanc joue un rôle érotique dans les mythes relatant des enlèvements, des rapts et des viols de femmes étrangères. L'hippomane, structure flottante trouvée dans le liquide amniotique des juments, s'est longtemps vu attribuer des vertus aphrodisiaques bien qu'il ne possède aucune propriété particulière.

 

                        Tout comme le satyre, le centaure est réputé pour son appétit sexuel insatiable, allant jusqu'à enlever des femmes pour les violer. En raison de sa proximité symbolique (érotisme, peur du piétinement et de la morsure) mais aussi étymologique avec le cauchemar, le cheval est considéré comme un animal incube dans bon nombre de pays, c'est-à-dire un violeur de femmes. Cette perception est évidente dans Le Cauchemar de Füssli, où « le cheval vient du dehors et force l'espace intérieur ». La simple présence de sa tête et de son cou entre les rideaux symbolise le viol, tandis que son corps demeure à l'extérieur, dans la nuit. Carl Jung rapporte le cas d'une femme que son mari avait très brutalement prise par derrière, et qui rêvait souvent « qu’un cheval furieux sautait sur elle, lui piétinant le ventre de ses pattes de derrière ».

Selon certaines versions de la naissance de Merlin, l'incube qui l'a enfanté possède des pieds de cheval.

Le cheval a cette particularité d'être associé à chacun des trois éléments constituants (terre, eau et feu) et des astres (soleil et lune), apparaissant comme leur avatar ou leur ami. À l'inverse des trois autres éléments, qui répondent à l'étymologie du cheval comme animal en mouvement, la terre apparaît toutefois éloignée de son symbolisme. Le cheval chtonien positif, capable de guider son cavalier dans les régions souterraines et infernales, est surtout présent en Asie centrale, notamment à travers le mythe de Tchal-Kouirouk.

Gilbert Durand distingue plusieurs types d'animaux, comme le chtonien, l'ailé et le solaire. Le cheval apparaît « galopant comme le sang dans les veines en jaillissant des entrailles de la terre ou des abysses de la mer ». Porteur de vie ou de mort, il est lié au « feu destructeur et triomphateur » comme à « l'eau nourricière et asphyxiante ». Carl Jung cite parmi « les chevaux de feu et de lumière représentés par le quadrige mystique » un motif particulier, celui des signes des planètes et des constellations. Il ajoute que « les chevaux représentent aussi les quatre éléments ».

Des quatre éléments, l'eau est celui que l'on retrouve le plus souvent associé au cheval, que l'animal soit assimilé à une créature aquatique, qu'il soit lié à des êtres féeriques comme les kappa du Japon, ou qu'il soit monture de divinités des eaux. Il peut naitre lui-même de l'eau ou bien la faire jaillir sur son passage. Cette association peut relever autant de l'aspect positif et fécondant de l'eau que de ses aspects dangereux.

Pour Marc-André Wagner, cette association remonte à la préhistoire indo-européenne. Pour Ishida Eiichiro, sa large diffusion dans toute l'Eurasie de la Méditerranée au Japon pourrait remonter à un ancien culte de la fertilité et aux premières sociétés agricoles, où l'animal de l'eau était au départ le taureau. Le cheval s'est substitué à ce dernier avec l'expansion de son usage. Marlene Baum fait remonter la première association eau-cheval aux peuples scandinaves de la Baltique et de la mer du Nord, qui utilisent aussi des kenning comme « cheval des vagues » pour désigner les plus longs bateaux des vikings. Cette proximité pourrait découler d'une « entente symbolique entre deux corps mobiles », le cheval permettant à l'homme de traverser les flots grâce à sa force et sa compréhension des éléments.

Au-delà de toute légende, l'imagination populaire associe fréquemment les chevaux et les vagues déferlantes sur les rivages. Traditionnellement, la marée au Mont Saint-Michel est censée arriver « à la vitesse d'un cheval au galop », bien qu'en réalité le galop du cheval soit cinq fois plus rapide.

Le mythe le plus fréquent est celui du cheval qui révèle l'eau, tel Pégase faisant jaillir la source Hippocrène, le cheval sourcier du dieu Balder selon le folklore scandinave, le cheval blanc de Charlemagne creusant une source pour désaltérer les soldats en campagne, la jument de Bertrand du Guesclin découvrant les eaux de la Roche-Posay, ou encore Bayard, créateur de nombreuses fontaines portant son nom dans le massif central. Une explication possible réside dans une croyance partagée dans toute l'Eurasie, selon laquelle le cheval perçoit le cheminement des eaux souterraines et peut les révéler d'un coup de son sabot.

Des vertus sont parfois associées à ces eaux nées sous le sabot du cheval. L'Hippocrène acquière le don de changer qui y boit en poète, ce qui revient symboliquement à l'image d'un enfant buvant à la source, un « éveil des forces impulsives et imaginatives ». À Stoumont, le cheval Bayard aurait laissé son empreinte sur un bloc de quartzite. L'eau stagnante dans la cuvette de ce Pas-Bayard est réputée soigner les maladies de la vue et les verrues.

L'une des plus anciennes sources des légendes associant eau et chevaux figure dans le Rig-Veda, qui fait naître le cheval de l'océan. Dans la mythologie grecque, le cheval est l'attribut du dieu grec de la mer Poséidon, qui l'aurait créé avec son trident. Les hippocampes tirent son char au milieu des vagues. L'épopée celtique de Giolla Deacar parle de palefrois nés des vagues et venus du Sidh, capables de porter six guerriers sous l'eau comme en l'air.

 

                        Selon Raymond Bloch, cette association reprise dans le domaine romain par Neptune se retrouverait ensuite, à l'époque médiévale, dans le personnage du lutin, suivant une évolution linguistique où Neptune devient le monstre marin Neptunus, puis le Neitun du roman de Thèbes, le Nuitun sous l’influence des mots « nuit » et « nuire », et enfin le lutin. Le souvenir des chevaux de la mythologie, qui sont généralement blancs et apparaissent en jaillissant de la mer, est présent à l'époque médiévale bien que très estompé : c'est le cas dans le lai de Tydorel, où un chevalier mystérieux émerge de son royaume maritime sur le dos d'une monture blanche.

L'association entre le cheval et la mer est très fréquente dans les pays celtiques (en France, par exemple, elle se retrouve principalement sur les côtes bretonnes et dans le Poitou où la mer s'appelle Grand'jument), ce qui laisse à penser qu'en France du moins, son origine est Celte. Les chevaux aquatiques (Kelpie, Aughisky, Bäckahäst...), souvent vus comme féeriques, sont toujours mentionnés dans le folklore de nombreux pays d'Europe occidentale. Ils partagent une grande affinité avec l'élément liquide ainsi qu'une irrésistible beauté. Certains sont réputés très dangereux de par leur habitude de séduire les humains afin d'être chevauchés, pour ensuite les noyer, voire les dévorer. Leur forme la plus commune est celle d'un très beau cheval noir, blanc ou gris pommelé qui semble perdu et se tient debout au bord de l'eau où il broute tranquillement. En Bretagne et selon Pierre Dubois, tous les chevaux fabuleux « règnent sur la mer » et trois juments, aspects des vagues, possèdent le pouvoir de régler les marées, calmer la houle et les flots. Une autre mène les poissons. Cette association symbolique perdure à l'époque moderne, ainsi que le prouvent des films comme Crin-Blanc et Le Cheval venu de la mer.

Le sacrifice du cheval dans l'eau semble avoir été pratiqué par bon nombre de peuples indo-européens. Il participe généralement à des rites de fécondité : les Perses effectuaient ce type de sacrifice en l'honneur de la déesse Anahita, et les russes noyaient un cheval volé dans la rivière Oka, comme offrande saisonnière au « Grand-Père », génie des eaux. En Grèce antique, le sacrifice avait pour but de se concilier les bonnes grâces de Poséidon avant une expédition maritime. Les habitants de l'Argolide sacrifiaient ainsi des chevaux harnachés au dieu, les précipitant dans le fleuve la Dine selon Pausanias. Dans l'Iliade, les Troyens sacrifient des chevaux au fleuve Scamandre, vu comme une divinité.

Le cheval de la pluie est vu comme un démon de la fécondité au rôle positif. En Afrique tout particulièrement, il assiste les divinités. C'est le cas chez les Ewes, où la monture du dieu de la pluie est vue comme une étoile filante. Les Kwore, initiés Bambara, connaissent un rituel pour appeler la pluie, dans lequel ils enfourchent un cheval de bois symbolisant les montures ailées de leurs génies luttant contre ceux qui veulent empêcher l'eau régénératrice de tomber du ciel.

Dans la religion nordique ancienne, les valkyries montent des chevaux de nuage dont la crinière fait tomber la rosée dans les vallées et la grêle dans les forêts. En Basse-Autriche, l'apparition d'un géant sur un cheval blanc présage l'arrivée de la pluie.

Une conception archaïque donne au vent des traits hippomorphe, l'alliance du cheval et du vent est souvent née d'une qualité commune : la vitesse. Carl Jung parle de rapidité du vent dans le sens d'intensité, « c’est-à-dire que le tertium comparationis est encore le symbole de libido. … le vent un sauvage et lubrique coureur de filles. » Il ajoute que les centaures sont aussi des dieux du vent.

Les vents sont symbolisés par quatre chevaux dans les pays arabes, où l'on dit par ailleurs qu'Allah a créé l'animal à partir de cet élément. En Chine, le dieu des vents Vâyu chevauche. En Grèce, Éole était initialement perçu comme un cheval, et Borée se fait étalon afin d'engendrer douze poulains légers comme le vent avec les juments d'Érichthonios ce qui illustre l'image épique et mythologique du vent fécondateur de juments.

 

                        Une croyance tibétaine reprise par le bouddhisme fait du cheval du vent une allégorie de l'âme humaine. Plusieurs antécédents sont retracés. Il y a longtemps eu confusion entre klung rta (cheval de rivière) et rlung rta (cheval du vent). « Cheval de rivière » pourrait être le concept original, la dérive vers « cheval du vent » aurait été renforcée par l'association du « cheval idéal » (rta chogs) avec la rapidité et le vent.

Le cheval ailé possède, comme son nom l'indique, une paire d'ailes, généralement à plumes et inspirées de celles des oiseaux, qui lui permet de voler dans les airs. Ses premières représentations datent du XIXe siècle av. J.‑C., chez les proto-hittites. Il est possible que ce mythe se soit répandu chez les Assyriens ensuite, puis ait gagné l'Asie mineure et la Grèce. On le retrouve dans des régions aussi variées que la Chine, l'Italie, l'Afrique ou encore l'Amérique du Nord après sa colonisation par les européens. Il associe la symbolique habituelle du cheval à celle de l'oiseau, la légèreté et l'élévation. Le cheval ailé est lié à l'élévation spirituelle et à la victoire contre le mal. L'origine de l'iconographie et des traditions le mentionnant est probablement l'extase du chaman qui monte au ciel sur une créature ailée, généralement un oiseau. Dans toutes les pratiques chamaniques, l'homme qui entreprend un voyage spirituel est assisté d'un « animal qui n'a pas oublié comment on acquérait des ailes », faute de quoi il ne peut s'élever. Pégase est, tout comme le cheval ailé des Bambara, lié aux notions d'imagination, de vitesse et d'immortalité.

L'association du cheval au soleil est connue dès l'âge du bronze : il semblerait que plusieurs peuples aient imaginé puis représenté le soleil sur un char afin de signifier son déplacement. L'ajout du cheval devant ce char pourrait aussi découler, selon Ernest Jones, de la perception première du cheval par l'homme comme celle d'un animal « brillant » : la racine linguistique indo-européenne pour signifier la brillance, MAR, aurait donné le mot anglais pour la jument, « mare ». La plupart des récits mythologiques témoignent d'une évolution dans cette association. D'abord assimilé lui-même à un cheval, souvent blanc, le soleil est anthropomorphisé pour devenir une divinité dont le cheval est un attribut. Ce cheval solaire est l'animal du culte phallique, de la fécondité et de la reproduction. En Chine, le cheval est typiquement yang.

Venceslas Kruta explique de nombreuses représentations artistiques chevalines de la période de Hallstatt par un lien avec une divinité solaire. Plusieurs auteurs supposent même que les premiers peuples celtes connaissaient un cheval solaire divin ou une divinité cavalière sidérale à la course rapide, et que le cheval était symbole du dieu solaire, ou du moins d'Eochaid Ollathair dans ses fonctions de maître du ciel.

La plus ancienne attestation du cheval solaire figure dans le rituel sacrificiel de l'Ashvamedha, en Inde, qui comporte un hymne issu du Rig-Veda, disant que les dieux ont « façonné le cheval de la substance du soleil ». De plus, le soleil y apparaît sous les traits d'un cheval ou d'un oiseau. Le védisme connaît aussi un char solaire tiré par un ou sept animaux, les coursiers d'Indra ont « des yeux brillants comme le soleil ». Ils s'attèlent d'eux-mêmes à leur char au joug d'or, leur rapidité dépasse la pensée. Le nom du cheval indien, asha, a un rapport étroit avec la lumière pénétrante, incarnant le dharma et la connaissance. Les ashvins, jumeaux divins à tête de cheval, nés de ces animaux, sont liés au cycle du jour et de la nuit. Ratnasambhava, symbole solaire, est représenté à cheval.

Chez les anciens scandinaves, cette association apparaît sur des dessins rupestres et de nombreux objets, le plus connu étant le Char solaire de Trundholm. Chez les germains, les mythes de Skinfaxi et d'Árvak et Alsvid renvoient à une monture cosmique dont la crinière créée le jour, et à un char solaire hippomobile, mais peu de liens pertinents sont connus quant à d'éventuels cultes solaires équins. Les peuples de l'Oural et de l'Altaï associent la terre au bœuf et le ciel au cheval mâle solaire.

Dans la mythologie grecque, Apollon remplace Hélios et son char attelé aux chevaux du soleil, mais conserve le cheval comme attribut. La mythologie romaine popularise les coursiers du char d'Hélios en les nommant et en rapportant le mythe de Phaéton. Des cultes solaires et des courses en l'honneur de cet astre témoignent de cette association durant l'Antiquité, tant chez les romains à travers les courses de chars, que chez les Perses, à Salente, ou encore chez les grecs en Laconie et à Rhodes.

Un char solaire est attesté dans la Bible, attelé de chevaux de feu, il emporte Élie dans le ciel. Verticaux et aériens, les chevaux marquent ici une rupture entre le monde céleste et le monde terrestre. L'Hortus Deliciarum, encyclopédie chrétienne médiévale, présente une miniature où un char solaire est traîné par des chevaux, probablement une reprise d'un thème antique.

Gilbert Durand note que l'animal s'associe à « l'effroi devant la fuite du temps symbolisée par le changement et par le bruit », le plus souvent en lien avec les constellations aquatiques, le tonnerre et les enfers. Les « chevaux du tonnerre » sont caractérisés par leur galop bruyant, un son « isomorphe du rugissement léonin ». Carl Jung relève aussi cette analogie entre le cheval et l'éclair, et cite le cas d'une hystérique terrorisée par l’orage, qui voyait un cheval noir immense voler jusqu’au ciel à chaque fois que la foudre frappait. Les mythologies connaissent aussi des associations éclair-cheval, notamment avec le dieu hindou Yama. Enfin la cuisse du cheval était réputée détourner les éclairs.

Le cheval blanc est le plus souvent, à l'image de Pégase, l'animal positif des sphères célestes, un symbole de majesté et de quête spirituelle : le Christ et ses armées sont parfois représentés sur son dos, l'animal porte les dieux, héros, saints et toutes sortes de prophètes tels le Bouddha. Kalki, avatar de Vishnou à venir, aura une forme de cheval blanc et combattra le mal qui ronge le monde. Svantovit, puissant dieu slave des Rugiens, possède un cheval blanc sacré. Henri Dontenville rapporte une croyance jurassienne en une dame blanche accompagnée de lévriers et de chevaux blancs, jouant une musique harmonieuse et élévatrice avec sa trompe.

Toutefois, des chevaux maudits de couleur blanche froide, vide, blême et pâle, « lunaires », « nocturnes, livides comme les brumes, les fantômes, les suaires », sont connus du folklore, à l'exemple de la blanque jument et du Schimmel Reiter. Leur blancheur a une signification inverse à celle des chevaux blancs ouraniens : ils évoquent le deuil, tout comme la monture blanche d'un des cavaliers de l'Apocalypse annonce la mort. Il s'agit d'une inversion de la symbolique habituelle à la couleur blanche, une « apparence trompeuse » et une « confusion des genres », devenue un archétype des chevaux de la mort. En Angleterre et en Allemagne, rencontrer un cheval blanc est signe de mauvais augure ou de mort prochaine.

Le cheval noir est le plus souvent lié au Diable, aux enfers chtoniens et aux cauchemars en Europe de l'Ouest. En Russie, cependant, il symbolise la vivacité et la jeunesse fougueuse, on le retrouve attelé au char des mariés.

Dans le légendaire breton, Morvac'h, qui est capable de courir sur les flots, n'est pas décrit comme maléfique bien que les conteurs racontent qu'il expire des flammes par les naseaux lorsqu'il galope. Le cheval noir est aussi une monture magique capable de parler dans un conte des More Celtic Fairy Tales, et un jeune homme ayant appris à se métamorphoser dans un conte populaire russe d'Alexandre Nikolaiévitch Afanassiév.

 

                        Le lutin Puck prend parfois l'apparence du cheval noir pour effrayer la population dans le folklore britannique. Dans un conte irlandais, Morty Sullivan monte un cheval noir qui est en fait le Phooka (Puck) déguisé, et le fait chuter.

Le chevalier noir est bien connu des traditions populaires et des écrivains. Dans la légende arthurienne, Perceval vainc un chevalier noir et emporte sa monture, cet épisode possède peut-être une symbolique alchimique en relation avec la couleur de l'animal.

Liens symboliques

Des tombes germaniques et celtes antiques ont révélés des cerfs et des chevaux enterrés de manière rituelle, sans doute pour favoriser l'accompagnement d'un guerrier dans l'au-delà. Il semblerait que les cervidés aient précédé le cheval dans ses fonctions de monture et d'animal d'attelage, ce qui induit aussi la perte du rôle psychopompe qui leur était initialement attribué au profit du cheval.

Anne Martineau, « il existe entre les lutins et les chevaux des liens très étroits. Si étroits que, dans les chansons de geste médiévales comme dans le plus moderne folklore, lorsque le lutin prend forme animale, il adopte presque toujours celle-là ». La raison semble liée, en plus du lien à l'élément liquide déjà évoqué plus haut, au fait que le cheval, animal familier des hommes, est aussi le plus approprié pour se rendre dans les univers féeriques et pour jouer les tours caractéristiques du lutin, tels que jeter un cavalier dans une mare de boue, une rivière ou une fontaine. Dans la littérature médiévale, Malabron (chanson de Gaufrey) et Zéphir (Perceforest) se changent en chevaux. Paul Sébillot rapporte des croyances populaires quant à plusieurs lutins-chevaux : le Bayard en Normandie, le Mourioche de Haute-Bretagne, Maître Jean, le Bugul Noz et la jument blanche de la Bruz. Dans les îles anglo-saxonnes, Puck (ou le Phooka) prend cette forme.

 

                        Une autre étude précise qu' « au bord de l'eau, les silhouettes du lutin et du cheval tendent à se confondre et à se fondre en un seul personnage dont le rôle est d'égarer, d'effrayer et de précipiter dans quelque mare ou rivière ceux qui les montent ». L'elficologue Pierre Dubois cite de nombreux lutins du foyer dont l'un des rôles attribués est de prendre soin des écuries, et d’autres plus sauvages, qui visitent les mêmes lieux durant la nuit en laissant des traces visibles de leur passage, par exemple en tressant les crinières des chevaux, un tour connu comme les « nœuds de fées ». Marc-André Wagner remarque le Kobold, lutin germanique du foyer vu comme « celui qui surveille et administre la Kobe, la hutte, le foyer, et par extension la maison ». Kobe pouvant également signifier « écurie », le Kobold serait le « gardien des chevaux », situé dans « l’espace intermédiaire entre la civilisation des hommes, l’élément sauvage et le monde surnaturel ».

Le dictionnaire des symboles relève quelques liens entre serpents, dragons et chevaux. Tous sont liés en premier lieu aux sources et aux fleuves, tel le cheval-dragon. Chevaux et dragons sont souvent interchangeables en Chine, tous deux associés à la quête de la connaissance et de l'immortalité. Ils sont opposés en occident, dans le duel du chevalier contre le dragon, le cheval symbolisant le bien victorieux, et le dragon la bête à détruire, comme l'illustre la légende de Saint Georges.

L'un des chevaux fabuleux les plus connus d'Europe de l'Ouest, Bayard, est par son origine de cheval-fée né d'un dragon et d'une serpente sur une île volcanique tout comme par sa couleur un animal lié à la terre et au feu, incarnant l'énergie tellurique et la vigueur. Il pourrait être lui-même un dragon métamorphosé.

Chevaux légendaires

Alexandre le Grand et son cheval Bucéphale ont conquis le monde. Bucéphale, étalon noir portant une marque sur la tête, était réputé indomptable. Alexandre, à 12 ans, remarqua que
Bucéphale avait peur de son ombre et de celle des hommes qui l'approchaient. Plaçant le cheval face au soleil, il parvient à se hisser sur son dos et à l'apprivoiser. Pendant 17 ans, Bucéphale sera de tous les combats.

Au milieu du Vème siècle, Attila, roi des Huns, envahit la Gaule. Son armée, montée sur des tarpans, mit la Gaule à feu et à sang avant d'être repoussé par les romains en 451.
Attila rendait stérile toute terre qu'il foulait. C'est Balamar qui trouva la fabuleuse épée du dieu de la guerre, perdue depuis des siècles ; cette épée était censée faire de celui qui la possédait, le maître du monde. Grâce à son cheval, Attila apparaissait invincible et accédait au statut divin aux yeux de son peuple. Cette légende est une supercherie créée par un homme rusé. La possession de cette épée confère au roi des Huns un statut intouchable. En attribuant cette découverte à son étalon, Attila rend cette légende plus séduisante aux yeux d'un peuple qui accorde une grande importance aux chevaux.

Bayard est le cheval le plus célèbre du Moyen-Age. Les quatre fils Aymon pouvaient chevaucher ensemble ce cheval. L'enchanteur Maugis avait décuplé les forces de ce fabuleux destrier. Offert par Charlemagne à Renaud de Montauban, Bayard devient sa fidèle monture. Renaud se révolte et nargue Charlemagne qui décide de le châtier. Il s'enfuit, chevauchant Bayard
qui franchit l'espace. Réduits à la dernière extrémité, Renaud, ses frères et ses compagnons pensent tuer Bayard pour s'en nourrir. Comprenant tout, Bayard pleure. Ils décident de se rendre. Pour se venger, Charlemagne ordonne que Bayard soit jeté dans la Meuse, une pierre attachée à l'encolure. La légende assure que Bayard est toujours vivant dans la forêt des Ardennes et qu'il est parfois possible de l'entendre hennir.

Babieca est la célèbre et fidèle monture du Cid, le héros de la Reconquista. Etalon blanc andalou, il partagea toutes les victoires de son maître. Sa bataille la plus célèbre est celle qu'il livra seul. Un jour, en 1099, le Cid fut blessé à mort. Il demande pourtant à être attaché sur la selle de Babieca pour pouvoir mener une dernière fois ses troupes au combat. Comprenant l'importance psychologique, le Cid, par son astucieux stratagème, permit à ses troupes de prendre le dessus sur les Maures. C'est son parrain qui offrit au Cid Babieca. Devant choisir parmi les meilleurs poulains du pays, le Cid s'arrêta sur Babieca. Son parrain, trouvant l'animal mal proportionné, qualifia son filleul de babieca "stupide", d'où le nom de l'étalon qui devint un magnifique destrier.

La Licorne était en réalité un cheval mâle appelé unicorne. On retrouve des allusions à cette créature fabuleuse dans la Bible. Mais, c'est au Moyen-Age que la légende de la Licorne se
développe. Jusqu'au XIIIème siècle, l'unicorne fait partie de la symbolique chrétienne. Doté d'une longue corne, difficile à capturer, l'animal ne daigne s'approcher que des jeunes filles vierges et pures. L'église voit dans cet animal une image du Christ innocent que les hommes ont tué injustement. Féminité, fertilité, puissance. On retrouve la Licorne dans la littérature courtoise mais, sa portée symbolique change : la Licorne représente alors l'amant pris au piège de la dame. De transformation en transformation, la Licorne devient : femelle. Puis symbole de féminité. Diverses significations peuvent être liées à sa corne, comme celle de puissance et de fertilité. Les gens ont cru pendant très longtemps que la Licorne existait vraiment. Cela s'explique, d'une part, par l'existence de récits de voyage faisant mention de cet animal fabuleux et, d'autres part, par la présence de prétendues cornes de licornes dans de nombreuses cours d'Europe. Il s'agissait des dents d'un cétacé des mers arctiques, le Narval. Le mâle porte en effet une dent extrêmement longue (2 à 3 m).

Dieu de la mer et des océans, Poséidon se déplace sur les flots grâce à son char tiré par des coursiers mi- chevaux et mi- poissons à crinière d'or. Poséidon fit don du premier cheval à l'homme et c'est lui aussi qui avait le pouvoir de dompter ces animaux. Il se métamorphosa à deux reprises en cheval pour séduire Méduse puis Déméter.

Cheval fabuleux, ailé, Pégase est le fruit des amours de Poséidon et de Méduse. Pégase surgit du cou ensanglanté de Méduse lorsque que Persée parvient à trancher la tête de
la Gorgone. Avec l'aide de la déesse Athéna, Bellérophon réussit à apprivoiser le cheval ailé réputé indomptable. Il accomplit de grands exploits, mais son orgueil devait le perdre. Il voulut s'élever jusqu'à l'Olympe mais Zeus l'arrêta en envoyant un taon le piquer. Désarçonné, Bellarophon s'en sorti mais demeura estropié à vie. Pégase trouva refuge dans l'Olympe où Zeus le chargea de lui apporter la foudre et les éclairs.

Chiron est le plus savant des Centaures. Il se distingue par sa sagesse qui contraste avec leur brutalité. Immortel, Chiron sera blessé à mort par Héraclès qui l'atteint involontairement
avec une de ses flèches qui provoqua des blessures inguérissables. Chiron prie Zeus de lui reprendre son immortalité qui, en sa mémoire, créa la constellation du Sagittaire.

Le char d'Hélios est en or. Les chevaux sont d'un blanc immaculé, jettent des flammes et sont ailés. Seul à pouvoir conduire son char, Hélios confie pourtant les rênes à son fils Phaéton.
Mais, il perd le contrôle des chevaux et plonge vers la terre qu'il risque d'embraser. Zeus ne peut que foudroyer Phaéton qui termine sa course dans le fleuve Eridan.

La déesse celte Epona, toujours accompagnée d'un cheval, le plus souvent en amazone sur une jument suitée, est la déesse de la fertilité et des eaux. A l'époque romaine, elle devient
la divinité protectrice des chevaux. C'est pour cette raison que l'on a souvent retrouvé son image à l'entrée des écuries.

Wotan, dieu germanique (Odin pour les scandinaves), est le dieu de la guerre, de la sagesse et de la poésie. Vieux, sage et borgne, il possède un cheval fabuleux à huit jambes, Sleipnir.
Il est le coursier le plus rapide de l'univers sur terre comme sur mer et dans les airs.

Le satyre est un homme à oreilles de cheval, possédant une queue de cheval, une couronne de lierre et une peau de panthère pour vêtement. Dans la mythologie grecque il incarne les forces de la Nature (l’acte de procréation). Il est souvent représenté avec les nymphes. Il accompagne le dieu Dionysos avec les ménades,
formant son ainsi un cortège démoniaque.

L’hippopode est un homme aux pieds de cheval. Les hippopodes, nom donné à un peuple qui courait très vite (comme les chevaux) et qui vivait
près de la mer de Scythe dans l'antiquité. Les hippopodes, mentionnés dans l’Histoire Naturelle de Pline l’Ancien, ne sont connus que par la légende d’Alexandre le Grand, où ils apparaissent sous le nom de Lamiae. Les hippopodes font partie d’un ensemble de peuples barbares marqués physiquement : les Panoti aux grandes oreilles et les Albains aux cheveux blancs voyant mieux la nuit que le jour.

Il ne faut pas confondre la licorne et l’unicorne, même si dans de nombreuses langues la licorne a un nom ressemblant à l’unicorne (par exemple en anglais la licorne se dit unicorne). C’est Pline l’Ancien qui décrit le premier cet animal dans son Histoire Naturelle. Il la décrit comme tel : « En Inde, on chasse un autre fauve, l’Unicorne, semblable de corps au cheval de tête au cerf, à l’éléphant par les pattes, et au sanglier par la queue. Son mugissement est grave, une corne longue et noire s’élève au milieu de son front. On nie qu’il puisse être attrapé vivant. » Il semblerait qu’il ait en fait décrit un rhinocéros, animal inconnu à l’époque des peuples occidentaux.

L’hippogriffe est un animal mi aigle mi cheval à l'origine inconnue, qui passa à la postérité grâ

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