Les sabbats wallons et ardennais

Chez les wallons; tout au moins en pays liégeois, le mot sabbat désignait le Grand Sabbat, celui qui se tenait à époques fixes, en des endroits déterminés, toujours les mêmes, et qui étaient présidés par le Diable (nous dirions actuellement le Cornu plus exactement). Les réunions ordinaires s'appelaient les "sises" (les veillées). Pour dire que les sorcières se rendaient à ces réunions, on disait "elles vont à l'sîse" (elles vont à la veillée) ou "à l'danse", parce que en effet, dans l'esprit du peuple, la danse, ou la ronde, étaient en ces occasions, la principale, sinon la seule de leurs occupation avec l'intronisation des nouvelles sorcières : "èles fêt des rontès danses" (elle font des danses en rond). Quand le paysan croyait entendre dans l'air le passage des sorcières, il disait : "volà l'danse qui passe", aussi bien que "vola lès macrâles qui passèt". Les nuits qui précédaient le Vendredi-Saint, la Saint-Jean, la Noël, le premier mai étaient les dates du Grand Sabbat, où tous les sorciers et sorcières se devaient d'assister. Les autres réunions, qui étaient régionales, réservées aux affiliés, surtout aux sorcières, d'un même canton, avaient lieu ordinairement dans la nuit du vendredi au samedi. Le peuple de nos régions pensait que les sorcières se réunissaient aussi parfois les autres jours, pour prendre leurs ébats de compagnie.
Noir dessin collection

Il est curieux ici de mettre en opposition le paysan et la sorcière car l'un était tantôt l'autre. ON remarque une dénotation au sexisme dans les genres qu'emploie ce texte. Mais les sorciers et sorcières se rencontraient aux quatre fêtes celtiques, comme avant, les druides. Sommes-nous des sorciers pour autant ? Les rondes danses sont connues au-delà de la manche et se retrouvent dans toutes les danses folkloriques qui sont une autre perpétuation de ces fêtes. Et chez nous, pourquoi est-elle absente de nos rencontres, c'est dommage. Quant à prétendre que le Cornu préside seul à nos réunions, c'est inexact et sexiste, de plus le Cornu n'est pas le diable chrétien. Le charme semble absent de ces cérémonies plus à vocation clanique. Elles semblent plus vouées à une expression énergétique corporelle de célébration et d'offrande. Mais cette interprétation est-elle complète et juste ? Nul ne le sait car cette tradition s'est perpétuée et transformée malgré et à cause de l'amalgame avec la religion dominante plus superstitieuse.

Pour te répondre, je dois mettre les choses dans l'ordre, dans leur contexte.
L'Ardenne (réduite au Moyen-Age et allant jusqu'à la côte au temps de JC), et particulièrement la vallée de l'Amblève, a toujours été une terre privilégiée pour la sorcellerie. A quoi faut-il l'attribuer ? La nature du pays, semé de montagnes aux nombreuses excavations, entrecoupé de profondes vallées, couvert de mystérieuses forêts, y est certes pour beaucoup ; mais on doit chercher l'origine dans des croyances antérieures mêmes à l'ère chrétienne.
Les superstitions du sol, le culte des arbres, des pierres et des sources, l'ancien culte tint bon pendant plusieurs siècles, et même le clergé fut même obligé de faire des concessions. Le grand chêne qui avait prêté son ombre aux cérémonies païennes ne fut pas abattu, mais reçu la douce image de la Vierge ; la roche devant laquelle avaient lieu les sacrifices fut transformée en un clavaire ; les feux allumés encore aujourd'hui au mois de juin, devinrent les feux de la Saint Jean ; les courses aux flambeaux du solstice d'hiver furent oubliés pour les solennités de la Noël. Presque partout, les populations furent attachées à l'autel par les liens de la tradition.
On sait que les anciens officiants s'adonnaient à des pratiques à l'aide desquelles ils prétendaient changer les lois de la nature, soumettre à leur empire des êtres invisibles et lire dans les ténèbres de l'avenir. D'un autre côté, on sait aussi que les peuples d'origine celtique et germanique, qui attribuaient à la lune une grande influence sur toutes les parties de la terre, quittaient la nuit leurs demeures, lors de la pleine lune, afin d'honorer l'astre favorable par des danses et par des chants, et qu'ils se réunissaient dans les lieux les plus déserts, au sommet des montagnes ou au fond des bois.
Ces assemblées nocturnes continuèrent à subsister, malgré l'Eglise et les capitulaires des rois, de Charlemagne en particulier. L'exemple des aïeux, les traditions locales résistèrent aux pénalités les plus sévères ; mais ceux qui assistèrent à ces réunions devinrent un objet de réprobation, et les bruits les plus étranges coururent touchant les cérémonies qui s'y pratiquaient.
Les adorateurs de la nature reçurent le nom de suppôts de Satan, sous la présidence duquel avaient lieu leurs conventicules : leur sabbat (tradition juive) ; et bientôt aux chants et aux danses se joignirent les prodiges fantastiques des sciences occultes (que par égard, je ne mettrai pas en avant dans les posts suivants), les onctions magiques, les breuvages enivrants qui déréglaient tout à fait les imaginations déjà faibles et superstitieuses et donnaient naissance à une foule de pratiques insensées.
De là, les récits concernant les impiétés et les débauches dont se rendaient coupables les sorciers au sabbat.
Voilà comment ont pris naissance la sorcellerie et le sabbat qui s'expliquent aussi fort naturellement : c'est un reste des anciennes traditions, rien autre chose.
Le "Champ des Macrâles" est donc un lieu historique, consacré par de curieux souvenirs ; c'est là que devaient se réunir les anciens pour fêter la lune, les mêmes endroits que les anciens s'approprièrent, comme certains lieux mégalithiques compte tenu de leur teneur particulière (mais pas tous).
C'est là que, plusieurs siècles après, durent se rassembler encre ceux, qui tout en ayant accepté le christianisme, tenaient cependant aux antiques usages de leurs pères en une synthèse des influences qui se succédèrent. Enfin, c'est là que peut-être les fourbes, qui avaient intérêt à se rendre redoutables (c'est la triste vérité), et les malheureux (les femmes en particulier) dont ils avaient fait leurs victimes, tenaient leurs conciliabules secrets. Ces lieux seront désignés dans les post suivants, avec références aux légendes, documentation, et commentaires.
Etre femme, à cette époque était quasi un crime, et de toute façon, elles n'avaient déjà point d'âme, encore moins de droit quelconque sauf ceux de travailler comme une esclave, de servir de servante à sa famille qu'elle devait avoir nombreuse, et surtout de devoir subir les assauts lubriques de son mari, de son seigneur, ou des soldats qui écumaient en ces temps troublés toutes les régions de Wallonie et d'Ardenne (nous sommes ici au 17e siècle).
Que leur restait-il, à ces pauvres êtres, qui à peine âgées de trente ans, étaient quasiment, tant moralement que physiquement, déjà des vieilles femmes.
Il leur restait la possibilité de s'évader dans l'imaginaire de leur époque ou la peur, la solitude, et des croyances inquiétantes les poussaient, pour certaines, à se détacher de ce monde cruel ou ni l'homme, ni Dieu, ne faisaient rien pour adoucir leur sort.
IL ne leur restait plus qu'à invoquer, ce qu’elles firent dans ce moyen-âge sombre et cruel. Mais "fréquenter" n'a jamais été chose facile, même pour se changer la tête, l'Eglise, l'Etat et les hommes leur feront payer très cher leurs rêves d'évasion. Ce pourquoi on parle toujours plus volontiers de sorcière que de sorcier (généralement vu sous un meilleur auspice) dans les procès qui arriveront jusqu'à nous. Il y eut une standardisation de l'aveu des pratiques sous la torture (la question).
Sans vouloir faire de généralité, je terminerai ce plaidoyer en honorant les personnes sincères qui perdurèrent le culte de la nature. D'ailleurs en wallon, sorcière se dit soùrcière.

Les six voyes sont un lieu où se croisent trois routes, donc forment une étoile, réputé comme lieu de rencontre pour le sabbat de sorcières.
Moha est un village qui s'est construit à l'époque de l'invasion des Normands vers 850, autour de fortifications édifiées par les Carolingiens dans leur ambition d'étendre le christianisme, reniant par là-même leurs propres traditions. En qualité de quoi cet endroit fut-il choisi, pour sa qualité énergétique ou stratégique ? Nul ne le sait.
La proximité d’une hauteur « Fosseroule » à proximité des six voies montre une certaine capacité stratégique naturelle. La proximité de carrières en vis-à-vis aux Roches des Corneilles laisse supposer la présence d’anciennes grottes à proximité. Il est fort possible que l’endroit fut intéressant mais peu probable qu’il fasse référence à une occupation plus ancienne. Cela reste à prouver. Ici, les cultes païens se sont tout simplement, apparemment, adaptés à l’occupation historique d’un village qui tint à célébrer à proximité de son lieu de vie.
Une recherche radiesthésique permettrait de déterminer si le lieu détient une qualité extraordinaire mais le choix de l’emplacement semble plus lié à l’isolement et au caractère symbolique de ce croisement particulier qui est le résultat de l’activité moderne des hommes.
Voici une légende récente de Moha tirée de http://www.chateaumoha.be/page95.html :
Une dame de 60 ans, la veuve Riquelle, fut agressée par Pierre Arnold Jehoulet et brûlée sévèrement, au point qu’elle en mourut. En fait, suite à une série de malheurs, mort de ses deux fils puis épidémie dans son bétail, Jehoulet, très crédule et croyant aux sorcières, prétendit qu’on lui avait jeté un sort. Il alla consulter un rebouteux de Tihange et un sorcier de Warnant qui lui auraient déclaré que la première personne qui se présenterait chez lui serait la macrale, auteur du sortilège et qu’à Moha, il y aurait quatre sorcières. En fait, la veuve Riquelle filait le chanvre pour Jehoulet et lui apportait une quenouille filée. Jehoulet et ses trois fils restants martyrisèrent la pauvre femme pour se venger du sort et lui faire avouer qui étaient les trois autres sorcières.

Il est fort probable que le lieu prit forme égrégoriquement dans l'histoire et qu'il déclinât avec le manque de pratique. Il est certain que le lieu devint "autre" mais peu probable qu'il fut réactivé d'une époque antérieure pour répondre à une tes questions antérieures. Mais cela reste à prouver.

Pour étayer l’hypothèse du choix par rapport au croisement, voici deux lieux-dits réputés pour le Sabbat :
- A Qwate Rabias entre Poucet et Oleye. L’auteur n’explique pas la localisation précise de l’endroit. Par recoupements, je remarque de multiples croisement dans ce paysage bien rectilignes mais un seul attire mon attention : la vierge près de l’arbre à Bettincourt. Je n’ai pas pu obtenir la traduction du lieu dit mais l’implantation de la potale se trouve (recherche IGN) près du lieu-dit les quatre fermes. Le chiffre « quatre » semble être un indicateur ainsi que l’isolement par rapport aux habitations.
- Qwates Sicus rue Naniot (église) près de la plaine de Naimette.

Il n’y a pas de traduction satisfaisante sauf peut-être celle ci : Sicusyî (angle de rayonnage d’une roue). Serions-nous ici dans la volonté de traduire les 4 directions à travers un lieu-dit (on remarque la bonne orientation des 4 directions sur ces croisements de campagne) qui fut isolé des habitations et destiné aux cérémonies saisonnières ?
Ces pratiques furent à mon sens, plus liées à la volonté du culte qu’à l’aspect millénaire du lieu. Elles furent généralisées à tout endroit et liées au lieu de vie, et à l’aspect particulier du lieu. Les populations, contrairement aux ancêtres s’installèrent en fonction de paramètres changés et étaient limités par les moyens de communication comme le morcellement des territoires.

Cependant, les lieux millénaires furent aussi récupérés pour le sabbat. Ainsi, la pierre qui tourne (disparue depuis très longtemps) à la limite de Herstal, Vottem et Milmort, fut le témoin de rendez-vous des macrâles, près de la Tchèrâ d’ Harin (ancienne voie charretière de l’endroit). C’est aujourd’hui la cité d’Hareng.

Un autre exemple : Hourt, près de Grand Halleux (connu pour la pureté de ses minéraux et sa source minérale proche le Pouhon), dans une vallée au caractère sauvage et triste où les sorcières de l'endroit avaient établi le théâtre de leurs rencontres nocturnes.

On y montrait un endroit de forme circulaire où rien ne poussait. Au centre se trouvait une pierre creuse placée horizontalement sur trois cailloux. Ce champ passait pour être le lieu du Grand Sabbat d’Ardenne (entre l’alignement de Wanne et le rocher du bec de corbeau de Salm Château). Cela a donné naissance au folklore local : les sorcières de Vielsalm. Coirnoumont (mont du Cornu) fait face dans la vallée au Noirchamps, sorte d’élévation sur la campagne. Ce dernier passe pour être le lieu en question.
Une autre « tère al’danse » se trouvait à Remouchamps sur un espace circulaire entouré de monticule sur la route menant à Louveigné, à droite (peut-être fait on allusion au dolmen de Deigné ou au lieu-dit « les mainires » et sa pierre du diable ?)..

Le troisième pôle d’attraction semble être l’arbre sacré, héritage des us antérieurs. Ainsi, aux environs de Herbeumont (Semois), existait un arbre bien connu pour être le lieu de ralliement. Dans la même région, on voyait une montagne sombre et boisée, appelée « Le Dansau ». Ce lieu fait l’objet d’une légende de chasse sauvage et d’une légende de loups-garous. Les ruines du château qui attirèrent notre groupe par deux fois se situent à proximité ainsi que le tombeau du chevalier, lieu de légendes. Sur la carte, on peut voir apparaître au sud de Mortehan le lieu « Pré aux Charmes », voisin du Dansau, ce qui confirme la thèse. Malheureusement, il n’y a plus d’arbre remarquable ou de nom de lieu d’arbre qui indique avec précision l’endroit précis où se déroulaient ces danses.

Ces deux pôles sont indissociables comme à Auby-sur Semois.
Cette croupe rocheuse (le saut des sorcières) située vers les Hayons, dominant à la fois la Semois et l Alleines, est aussi appelée la roche à Colas Chacha, à la suite d une tragique affaire de sorcellerie. C'était le nom d'un pâtre d'Auby qui avoua être l'entremetteur du diable, diriger les danses du sabbats et y enseigner aux sorcières l'art de sauter à reculons du haut de la fameuse roche. Chacha avait été arrêté et soumis à la question après qu'une épidémie ait dévasté une étable et qu'une suspecte, elle-même torturée, l'ait dénonce. Il fut brûlé vif sur un bûcher d'épines noires au milieu du pont de Bouillon. Du Saut des Sorcières, on peut apercevoir vers le Sud, au-delà de la curieuse Roche Trouée, la Saurpire ou Pierre des Sorciers.

Roche percée :
http://www.ardenne.org/organismes_touristiques/patrimoine/naturel/la_roche_percee/200710280095
LA SAURPIRE
Affleurement rocheux ou mégalithe dresse dans un pré au bord de la Semois. Il y avait autrefois à proximité un vieux chêne sous lequel on prétendait que les sorciers tenaient un sabbat. On y montrait le cercle que leurs danses avaient trace autour de l'immense tronc. ( se rendre à Auby par les Hayons)
http://www.ardenne.org/organismes_touristiques/patrimoine/naturel/le_saurpire/200710280093
http://www.ardenne.org/organismes_touristiques/patrimoine/naturel/le_mont_de_zatrou/200710280091
Quelques liens de cette légende :
http://www.lecerclemedieval.be/legendes/SitesEtRecits/Sorciers-et-sorcieres.html
http://www.bertrix.com/auby/saut%20des%20sorci%C3%A8res.htm
http://www.ftlb.be/fr/attractions/fiche.php?avi_id=1239
Il est intéressant de voir sur cette carte des témoignages de présence proximales comme
- la grotte de Saint Remacle
http://www.ardenne.org/organismes_touristiques/patrimoine/religieux/grotte_saint_remacle/200809120002
- l'oppidum des Trinchis
http://www.ardenne.org/organismes_touristiques/patrimoine/naturel/le_mont_de_zatrou/200710280091
- la roche percée (saurpîre)
- la cornette
Je cite cette exemple pour étayer la thèse que la pierre et l'arbre sont indissociables dans le culte qu'il soit original ou tardif. Il s'inscrit presque toujours dans un environnement d'héritage.

A l’origine du mouvement folklorique des macrâles de Haccourt.
En wallon, sorcière se dit sourcîre. Mais macrâles signifie maquerelle, comme maquereau se dit macreu. Cette appellation est nettement péjorative ; elle désigne une personne qui se sert d’autres personnes à des fins orgiaques. Vous avez compris que le folklore n’a plus rien à voir avec les faits.
Toutefois, ce grand Sabbat de Hesbaye se tenait la nuit qui précède la Chandeleur. IL avait lieu dans le « Tchamp des Macrâles » situé entre Houtain-saint-Siméon, Haccourt, la carrière d’Hallembaye et Heure-le-Romain. Un poteau indicateur des routes, situé à proximité de ce lieu, portait sur une de ses planchettes cette mention. On remarque ici encore des traces du passé lointain, comme la via romana près de Heure-le-Romain ainsi que le lieu-dit « La Tombe », sorte de tumulus gallo-romain. Les cornuchamps au nord de Houtain sont très évocateurs. Ici, impossible de déterminer avec précision ce qui détermine le choix du lieu.

Près de Fumal, le lieu dit "Bois du point du jour" était le lieu préféré de rendez-vous des sorcières. Comment ne pas rendre évidente l'allusion du nom du lieu par rapport à un lever solaire équinoxial ou solsticial ? La Méhaigne, les bois et les collines ont abrités bien des légendes, ont donné naissance à des personnages redoutables ou bienfaisants. Ainsi à Pitet, les Nutons vivaient dans une sorte de petite grotte à l'orée du bois du Point du Jour. Le soir, les Fallaisiens pouvaient y déposer un cadeau et un travail à accomplir, par exemple, réparer une paire de chaussures. Le lendemain matin, le cadeau avait disparu et les chaussures étaient réparées. 
Par contre, la traversée du bois du Point de Jour n’était pas sans risques. Jacques de Hemricourt, chroniqueur du 14 ème siècle, explique que l’on y passait « non sans moult (beaucoup) signes du chrétien en se recommandant à tous les saints, car on racontait sur cet endroit des choses effrayantes. »
A l’autre bout du village, près du Calvaire, l’Arbre aux loups ne devait guère être plus rassurant. En ce lieu, jusqu’à une certaine époque, la superstition populaire y a vu, à diverses reprises, se manifester la malédiction divine.
Quant aux maquerelles ou macrâles, elles ont pendant des siècles jeté des sorts. Plusieurs Ordonnances d’Herman de Bourgogne y font allusion : « On ordonne que personne n’ait recours à des moyens divins ou sortilèges ainsi lorsqu’on a des malades pour retrouver la santé et la guérison aller chez des femmes lesquelles par leurs enchantements accompagnés de signes de croix, par quelques moyens prétendus pieux font semblant d’aider les personnes ou les bêtes et pareillement veulent user de cet art maléfique comme de nouer l’aiguillette ou toute chose semblable pour empêcher la procréation, sous peine d’être mise au carcan public ou quelqu’autre application du droit » (7 janvier 1599)
La menace était insuffisante, cette année là, on brûla des « sorcières »; un lieu dans la campagne entre Fallais et Les Waleffes garde encore le souvenir de ces terribles pratiques.
Remarquez encore sur la carte la forme de l’étang de pitet.
Des objets découverts sur la butte de Saint-Sauveur attestent de l’occupation du lieu dès l’époque gallo-romaine, il y a près de 2000 ans. Au 19 ème siècle, des historiens et des hommes de guerre, Napoléon lui-même, y ont situé le lieu de retraite des Aduatiques poursuivis par Jules César en 57 av. Jésus-Christ. Aux 5 ème et 6 ème siècles, les Francs-Mérovingiens y avaient également établi un cimetière sur les versants ouest et sud de la colline. La nature exceptionnelle de la roche d’origine volcanique, du porphyre, les terrains marécageux qui s’étendent tout autour, constituent des conditions favorables pour un site de défense.
Le nom de Fallais est orthographié, à travers les temps, de façons très différentes : Falais, Falez, Phalaix, c’est-à-dire d’après les études étymologiques les plus récentes : lieu escarpé, rocher. Cette explication pourrait donc correspondre aux premiers établissements sur le mont Saint-Sauveur.

Nous retenons donc deux critères pour les sabbats :
Le premier est la présence d’un site ancien qui présente une particularité énergétique ainsi qu’une continuité cultuelle. Parfois, le lieu n’est pas expliqué et dépend plus d’une interprétation symbolique
Le deuxième correspond à la densité de population et la proximité.
Ainsi, on trouve bcp de lieux de sabbats en bord de Meuse, très populeuse comme les sites d’Ombret, à proximité de la collégiale d’Amay et du mur des païens. « Le pont des sorcières » dans la vallée de la Meuse fut préféré. Encore, à Namèche, c fut l’arbre dit de « Ste Anne » qui fut choisi (dans la vallée) pour s’y rassembler dans les nuits du Vendredi-Saint, de la Saint-Jean, et dans les saintes nuits et y faire des rondes.
Comme le souligne Rowan, l’habitude de se rendre sur un lieu lui revêt une force particulière.

Dans ma recherche de correspondance de sabbats sur les anciens lieux, c’est le côté « continuité » qui me plaît.
Ainsi, à Gilly, dans le bois de Soleilmont (encore un lieu solaire, n’est-ce pas, Viking), se trouvait une vaste clairière, située non loin d’un profond ravin appelé l’Ermitage, suivant l’ancienne tradition de célébration à l’air libre. Il y a quelques temps, se dressait là, un édifice assez rare, construit en moellons. Quelques pans de murs de l’ancienne retraite des ermites étaient encore visibles il y a une centaine d’année. Cet endroit était dit hanté, c’était aussi un champ de Sabbat.
http://www.lecerclemedieval.be/legendes/Legendes-du-pays-de-Charleroi/Gilly/Les-Sabbats-de-Soleilmont.html
Au débouché de la vallée de la Sambre, le bois de Soleilmont était un passage obligé pour tout envahisseur venant du sud en suivant la vallée de la Sambre pour accéder aux plaines du Brabant.
Bien que leur capitale ait été située à Bavai, les Nerviens, cette peuplade belge, installée sur notre territoire vers le 2ème siècle avant JC, contrôlaient un immense territoire dont Fleurus semble avoir constitué une des limites orientales. Dès cette époque, Fleurus semble donc avoir occupé une position frontière.
Position que les Nerviens, peuple guerrier, devait défendre activement. C’est sous cet éclairage qu’il faut comprendre la présence d’un oppidum gaulois sur notre territoire. Plus que des guerres, l’invasion romaine peut être considérée comme un génocide, bien avant l’invasion du terme. Quoi qu’il en soit, le changement sera définitif et c’est peu à peu la culture gallo-romaine qui va s’imposer.
Si avec l’évolution des technologies, la guerre va changer de visage, Soleilmont restera malgré tout un témoin « privilégié » de nouvelles luttes. En 1794, par chance, la Révolution française oublie sur son trajet destructeur l’abbaye de Soleilmont. Alors qu’Aulne et d’autres abbayes de la région flambent, Soleilmont, abandonnée par les sœurs, est laissée intacte. Si le nom de Soleilmont peut évoquer un culte solaire, dont le souvenir se serait transmis à travers des millénaires, en fait aucune recherche sérieuse n’a jamais été entamée sur le thème. D’être également, l’une des rares abbayes à posséder un fragment de l’un des « saint clous », lequel aurait servi lors de la crucifixion de Jésus. D’avoir toléré durant plusieurs siècles et jusqu’en 1922, date à laquelle l’arbre est tombé et la souche fut transférée au Musée de la Vie Wallonne, à Liège, la présence d’un « arbre à clous » constellé de près de 70.000 de ces petits « actes de dévotion » aux origines bien païennes.
Quel est le rapport entre cet ermitage et l’abbaye. En 1963 fut incendiée l’ancienne abbaye le jour de la Noël. En 1973 fut reconstruite la nouvelle abbaye dans le Bois au lieu-dit « Terre de l’Ermitage », là même ou eut lieu ces sabbats. Contrairement aux règles où les nouveaux lieux de culte s’établissent hors des lieux énergétiques, ici, c’est le contraire. L’abbaye actuelle est établie au Mal-Lieu. C’est à gauche du cimetière que vous apercevez sur la carte que se trouve le lieu « Les Nutons ». Le même cimetière qui fut ruiné par des délinquants.

Les exemples abondent dans les anales de sorcellerie mais ce sont les endroits qui nous intéressent.
IL est de nombreux lieux non remarquables ou "effacés" qui subsistent dans nos mémoires.
Ainsi, à Piétrain, le Bois-Enge fut fréquenté.
La "Tombe d'Erbaut" à Jurbise fut également le théâtre de ces pratiques. Le Tumulus d’Erbaut, dont l’origine est pour les uns, un tumulus gallo romain, et pour les autres une motte féodale. Il y a également un Chêne à Clous à mi-chemin entre Lens et Herchies, ce chêne pédonculé classé en 1985 en remplace un autre, qui avait été classé en 1919. La tradition populaire en fit un arbre miraculeux après qu’un fermier, voulant l’abattre, vit un bouton ou clou lui pousser sur le corps à chaque coup de hache. Il cessa son labeur et vit immédiatement ses boutons disparaître. Après ce miracle, de nombreux habitants vinrent accrocher à ses branches et à son tronc des tissus ayant été en contact avec une plaie, pour que celle-ci guérisse…. Un autre arbre qui était situé dans un pré, un gigantesque chêne solitaire appelé le "Chêne de Monstreux" fut appelé "Tchêne des Soûrcières". A remarquer sa proximité avec la Table des Fées de Fauquez.
A Angre, non loin de Valenciennes, à droite d'une colline, connue par diverses croyances populaires, se dressait un rocher d'une certaine hauteur. Il s'y trouvait une cavité, en partie bouchée, désignée sous le nom de "Cabinet des Sorcières". C'est le fameux "Caillou qui bique" de Roisin - Honnelle.
http://www.belclimb.net/massives_detail.asp?lgid=2&cragid=37
Pour ne pas surcharger ce post, je vous invite à découvrir cet article très détaillé sur les légendes de cet endroit, comme LA ROCHE MAUDITE, LA ROCHE PELEE, LES TROUS DES SARRASINS OU GOUFFRE, LE CABINET DES SORCIERES à l'adresse suivante : http://users.skynet.be/cbou/roisin/caillou.htm et l'endroit vaut à lui seul le déplacement.

On mentionnait encore des lieux de Sabbat à : Saint-Servais, près de Namur, au lieu-dit : « beau Vallon », à Mons, près de la chapelle « Aux Estinnes », à Habay, près d’un endroit dénommé le « Buisson dèl Sorcière », à Corroy-le-Grand, près du « Tienne dèl Sorcière », à Seraing, au lieu-dit « Aux Macrâles », devenu depuis le quartier du Bois, mais aussi à Monceau-sur-Sambre, Tourinnes Saint-Lambert, Sugny (célèbre pour son folklore), Feluy, Milmort, Lonzée, Morville, Remouchamps, près de la Gileppe et même à Jemeppe, où se trouvait une « Fosse dèl Sorcière ».
De nos jours, d’autres endroits se prévalent d’être de nouveaux lieux de Sabbat des Sorcières et des Sorciers, comme Haccourt, Vielsalm, Ellezelles, Tilff, Boncelles, Stambruges, Warquignies, etc., mais cela relève uniquement du folklore actuel.
http://www.plaisirdoffrir.be/tourisme/detailsSpectacles.php?recordID=493
http://www.macralles.be/
http://www.sorcieres.eu/croyances-populaires.html
http://www.carnavaldetilff.be/art.php?a=7
http://www.facebook.com/pages/Sorciere-Hivernatus-Boncelloise-Rodjes-Macrales-Das-Bonceles/125928424107925
http://www.stambruges.be/
http://www.cherchons.be/agenda.php?event=878
Mais cela indique à quel point la gente actuelle est attachée à son folklore, à sa particularité. Mais ils s’amusent tout en restant dans l’ignorance du peuple, préférant glaner ça et là les courants qui les traversent. Face à la vérité, ils se dispersent en bougonnant. Est-ce une sorte d’exorcisme de leurs peurs ?







Ajouter un commentaire
 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site