Le tilleul

Le tilleul au centre de la communauté. Le rôle du chêne comme représentant sacré n'est plus à faire. Dans les diverses mythologies, les arbres jouent un rôle sacré comme le frêne de Odin. Mais le rôle du tilleul est quelque peu méconnu ; et pourtant ... Les Scandinaves et les Germains le vénèrent. Sigurd, le héros des Nibelungen s'était baigné dans le sang de Fafnir, le gigantesque serpent, gardien du trésor d'Odin, qu'il venait de tuer. Cette action le rendit invincible mais une feuille de tilleul était tombée sur son épaule. C'est à cet endroit précis qu'il fut tué par une lance. La signification donnée à cet épisode est la suivante : Sigurd entièrement virilisé jusqu'à en devenir invincible, conserve cependant sur son épaule une trace de féminité qui lui sera hélas fatale. D'après Hérodote, en Syrie, Les Enarées furent punis par l'Aphrodite céleste dont ils avaient pillé le temple à Ascalon. Ils perdirent leur virilité mais le châtiment étant particulièrement sévère, ils reçurent en compensation le pouvoir de prédire l'avenir. Ils utilisaient pour cela des lanières d'écorce de Tilleul qu'ils enroulaient et déroulaient autour de leurs doigts. Il symbolise aussi la protection, l'amitié, la fidélité, et l’amour conjugal. On le suspendait dans les étables et les maisons pour son pouvoir protecteur, même si les elfes dansaient en rond autour de lui en laissant sur le sol des cercles verts. Celui qui portait un sachet contenant son écorce broyée était à l'abri des chutes, blessures, insolations, intoxications et en général de tous dangers corporels… Les sorcières aussi aiment les tilleuls et c'est sans doute pourquoi dans les Flandres on trouve à l’entrée des fermes souvent accrochées à ses branches des images de la Vierge, pour les éloigner lorsqu'elles veulent se réunir sous ces arbres.
Les tilleuls ont des feuilles en forme de cœur... la mythologie en a fait un symbole d'amour et de fidélité. « Pour peu que les époux séjournent sous leur l'ombre, ils s'aiment jusqu'au bout malgré l'effort des ans » (Jean de La Fontaine, Philémon et Baucis, Fables, Livres XIII) On retrouve également dans ce même récit rapporté par Ovide, la symbolique de la générosité : Zeus transforme Baucis, femme généreuse en tilleul, pour que selon son vœu, elle reste très longtemps près de son époux, lui-même transformé en chêne. L’église catholique a utilisé le tilleul pour l’image du cœur comme représentation du « sacré cœur ». C’est ainsi que l’on trouve, encore souvent, des tilleuls autour des édifices religieux : églises, chapelles, calvaires. Mais est-ce la seule raison ?
Tiré de Wikipedia : Chaque lieu a été nommé de façon à le décrire sans avoir besoin de carte pour le visualiser. Ainsi, il décrivait souvent une situation topographique mais aussi des données concernant sa végétation et l'action de l'homme sur son paysage. Dans certaines zones, le toponyme trouve encore une vérité, dans d'autres il est un témoin du passé. Le tilleul, comme beaucoup d'arbres d'importance culturelle a laissé des traces. On le retrouve à travers les racines suivantes : till- / thil- (toponymes romans, France) : Certillieux, Craintillieux, Le Tilleul-Dame-Agnès, Le Tillou, Saint-Ouen-du-Tilleul, Tillet, Aisy-sous-Thil, Conthil, Saint-Étienne-la Thillaye, Thillot, etc. teil- / theil- (toponymes romans, France) : Le Teil, Teil, Le Tey, Le Theil, Thyez, etc. lind- (toponymes germaniques continentaux et norrois) : en Allemagne, plus de 1000 localités portent le nom du Tilleul : Hohenlinde, Lindau, Lindenfels... ; en Angleterre : Lime street à Londres (il s'y déroulait un marché au tilleul) ; en France (Nord, Normandie, Alsace et Lorraine) : Le Lindois, Lindebeuf, Lindre, Lynde; Lintot, etc. lip- (toponymes slaves) : en République Tchèque : Česká Lípa, Lipno-Stausee, Lipnice, Lipník, Lípová, etc. ; en Croatie : Lipovac, à la frontière serbe ; en Slovénie : Lipica (« petit tilleul »), à la frontière italienne, lieu d'origine du cheval lipizzan. ; en Allemagne : Leipzig (du slave "Lipsk") La racine germanique *lind- (vieux haut allemand linta, néerlandais linde, anglais linden, suédois lind), tilleul, remonte à l'indo-européen *lento-s, flexible, qui est également l'origine du latin lentus (souple, flexible) qui désignait le bois particulièrement tendre et souple du tilleul, qui pouvait être cintré sur de petites circonférences. Ce prédicat s'est donc appliqué à l'arbre lui-même. Le terme latin lentus est à l'origine par exemple du village « Lendo » sur le littoral de La Corogne (Galice, Espagne), selon une mutation courante du latin vers l'espagnol, comme le latin totus devenu en espagnol todo. Le patronyme « Lendo » est très courant dans la péninsule ibérique et dans les anciennes colonies d'Espagne et du Portugal.
 
Cette petite démonstration tend déjà à attirer l'attention sur le fait du tilleul, mais ne fait qu'aiguiser la curiosité. Nous avons déjà compris que cet arbre fait partie de la mythologie et qu'il se juxtapose comme témoin religieux. Mais encore ...
Avant d'aller plus loin, parlons de l'essence de cet arbre et du rôle qu'il peut jouer de manière sociale. Il y a tendance à « replanter » un tilleul là ou en existait un autre.
 
Les tilleuls sont des arbres à croissance rapide, pouvant atteindre 30 à 40 mètres de haut, cela explique la commodité à utiliser cet arbre pour l’usage populaire. Il fut longtemps apprécié pour l’homogénéité de son bois, notamment dans la création d’objets comme sculptures, sabots légers, ustensiles de cuisine, instruments de dessin, bobines de fils, plateaux d'imprimerie, pinceaux plats, crayons, allumettes, moules de fonderie, meubles, jouets, boîtes et récipients divers, lutherie, ruches, prothèses, instruments de musique.

Cela rejoint l’association de cet arbre à l’inspiration, la poésie et la créativité. De plus, il revêt une certaine toxicité pour les rongeurs en raison de sa pulvérulence ; c’est un combustible médiocre mais à forte valeur rayonnante ; il entre également dans la composition de la poudre à fusil. Dans l'art sacré orthodoxe, le tilleul est le seul bois autorisé comme support des icônes. On utilise l’écorce interne, appelée « teille » ou « tille », du tilleul pour confectionner de la ficelle et de la corde d’une grande qualité.
Ses fleurs odorantes et ses bractées sont utilisées en infusions apaisantes et calmantes ; il était donc très apprécié au cœur d’une population.

Rien ne nous permet d’affirmer que le tilleul est traditionnellement considéré comme sacré de manière antique mais tout pousse à croire que cet arbre prit, du moins, dans l’histoire une importance villageoise très marquée. Les fleurs du tilleul commun renferment du mucilage, des huiles essentielles, des tanins, des glucosides, des gommes, des sucres, du manganèse et de la vitamine C.

En teinture-mère ainsi qu'en infusion, elles sont recommandées  dans de nombreux cas de troubles nerveux. Ces fleurs sont des antidépresseurs, des euphorisants et des sédatifs. Elles seraient également antispasmodiques, diaphorétiques et rendraient le sang plus fluide et favoriseraient sa circulation. À dose plus forte, l'infusion devient excitante et peut causer des insomnies. On a par contre surestimé les capacités du tilleul dans le traitement de véritables névroses ou même de l'épilepsie.
 
Les tilleuls représentent pour les abeilles un apport conséquent en nectar et en pollen aux mois de juin/juillet. Récoltée lors du débourrage des bourgeons, la sève de tilleul peut être bue à l'instar de celle du bouleau. Les jeunes feuilles des tilleuls originaires d'Europe sont comestibles crues. Elles sont légèrement mucilagineuses et ont un goût agréable. Elles accompagnent aisément une salade. Ces feuilles contiennent des sucres intervertis, facilement assimilables, même par les diabétiques. Les feuilles parvenues à leur maturité, une fois séchées, pulvérisées, tamisées, créent une farine verte très nutritive (riche en protéines) qui fut utilisée en France lors de la Seconde Guerre mondiale. Un kilogramme de feuilles fraîches donne 300 grammes de farine.
Mêlée à des farines communes, on en fait du pain ou de la bouillie. Les feuilles séchées ont également été employées en lieu et place du thé. Les fruits contiennent une huile grasse. Le chimiste français Missa découvrit au XVIIIe siècle qu'en broyant et en malaxant les fruits avec des fleurs de tilleul, on obtenait un produit dont l'arôme était très proche de celui du chocolat. On tenta de commercialiser ce procédé en Prusse. Pourtant cet ersatz de chocolat fut abandonné car il se décompose trop rapidement. Des fruits torréfiés, il a été fait un succédané du café. Cela pour le côté pratique du tilleul.
 
 
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